de l'intérieur d'une communauté

Quels que soient les groupes sociaux, on ne voit souvent d'eux que la partie « marketing ». Celle qui est bien présentable et que l'on souhaite mettre en évidence, au mépris souvent de la réalité. Ce blog, qui se revendique comme un blog d'information, va tenter de présenter la vie de la communauté hellénique de Lyon par ceux qui la vivent de l'intérieur.
J'ai connu deux hommes qui ont dignement représenté la communauté hellénique : monseigneur Vlassios et le père Athanase Iskos. Ils n'ont jamais eu à rougir de ce qu'ils ont fait ou dit et ont laissé une communauté respectée et respectable. Le contraste pourra paraître saisissant entre les 50 ans qui viennent de s'écouler et ce qui se passe depuis plus de six ans, mais si l'on veut rester fier de ce que l'on est, il ne faut pas hésiter à prendre ses distances lorsque ce que l'on voit s'éloigne de nos idéaux.
Dans un premier temps, je vais raconter une histoire au travers de courriers échangés et de documents, qui seront tous reproduits. Dans un second temps, je débattrai autour des questions qui seront posées à mon adresse mail : jeanmichel.dhimoila@gmail.com .
La communauté hellénique de Lyon étant une association cultuelle, loi 1905, les références au culte seront nombreuses et indispensables pour comprendre le sens de ce qui est recherché, et malheureusement parfois ses dérives.

Bonne
lecture à tous

dimanche 27 avril 2014

112- Aux victimes de Jean-Paul II



Dans la spiritualité chrétienne, au moins orthodoxe, Dieu donne la vie et non la mort. La mort n'apparaissant que lorsque l'homme se sépare de Dieu, source de vie.

La mort n'est alors plus considérée comme une punition divine, mais comme une conséquence logique et inévitable de l'éloignement de la vie. 

Dans cette optique, tuer au nom de Dieu est une aberration et un non-sens absolu. Car tuer est l'antithèse de l'action vivifiante de Dieu.

En préfiguration de la mort qui perd son pouvoir sur les hommes, Dieu donna aux hommes le signe d’Élie qui fut emporté vivant au ciel, sans passer par la mort (2Rois 2, 11). 

Il préfigura également sa grâce qui transcende la nature par la résurrection du fils de la veuve qui hébergea le prophète Élie à Sarepta (1Rois 17, 17-24), ou celle du fils de la Sunamite par le prophète Élisée (2Rois 4, 19-37). Dans cette continuité de l'histoire du salut, le Christ ressuscita Lazare le troisième jour (Jn 11, 1-45), et ressuscita lui-même dans une nature transfigurée que Marie de Magdala ne reconnut pas lorsqu'elle se rendit au tombeau (Jn 20, 14-17).

Grégoire Palamas faisait la distinction entre l'essence divine et les énergies divines. L'essence divine, ce qui fait que Dieu est Dieu, étant inaccessible à l'homme. Ses énergies vivifiantes étant participables et accessibles aux hommes par sa grâce.

Toujours dans la spiritualité chrétienne, les énergies divines sont celles qui transcendent l'homme qui se purifie pour se rapprocher de Dieu. Au sommet de cette purification se trouve le saint dont la vie exemplaire est telle que la grâce divine peut se manifester en lui et à travers lui, comme un canal permettant d'irriguer des terres.

Cette grâce se manifeste parfois sous forme de miracles, phénomènes inexpliqués traduisant la bienveillance et l'amour de Dieu pour les hommes. Mais elle peut également se manifester par toutes sortes de réconforts dans les vies de ceux qui côtoient le saint, car Dieu aime agir dans le secret des cœurs. Un très bon exemple de cela est la vie de saint Séraphim de Sarov (Irina Goraïnoff, Séraphim de Sarov, Spiritualité orientale n°11, éd. Bellefontaine 2004).

Même si les orthodoxes considèrent souvent que l’Église catholique n'est plus remplie de la grâce de l'Esprit depuis sa rupture de l’Église universelle au XIème siècle, il n'en demeure pas moins vrai que Dieu fait miséricorde à qui il veut, et il donne sa grâce à qui lui plait (Rm 9, 14). Il convient donc de se méfier des jugements hâtifs et sans discernement. Dans l’Église catholique, l'exemple de Marthe Robin est particulièrement édifiant à cet égard. Elle resta alitée, sans manger et sans boire, durant 50 ans, son système digestif étant atrophié. Elle ne pouvait accepter que la communion. De nombreux médecins l'examinèrent et en ont attesté. Beaucoup sont encore vivants. Même si je n'aime pas la mise en scène de ce reportage de Tf1, il a l'avantage de présenter certains de ces témoignages.

Si je voulais résumer la notion de sainteté, je dirais qu'elle permet la manifestation des énergies vivifiantes divines par la purification progressive du saint de ses faiblesses et de ses passions.

Dans l’Église orthodoxe, la canonisation est la suite d'une dévotion populaire spontanée, comme nous le voyons actuellement en Grèce avec le père Païssios, moine au Mont Athos mort en 1994. Ce fut également le cas dans l'Église catholique jusqu'au Xème siècle.

Dans l’Église catholique aujourd'hui, la canonisation de quelqu'un est précédée d'un procès, qui se déroule comme les procès judiciaires que nous connaissons. Il y a un avocat de la défense chargé de collecter et d'authentifier tous les témoignages positifs sur la vie du candidat. Et un procureur, parfois appelé avocat du diable, chargé de retrouver tout ce qui n'allait pas chez lui. Le procès a lieu et, à la suite d'un vote des cardinaux présents, la décision est rendue.

Dieu donnant la vie, comme je l'ai dit plus haut, les manifestations miraculeuses sont quasiment indispensables dans un procès de canonisation catholique. Car elles sont le signe que Dieu utilise celui qui l'a servi dans la droiture pour manifester aux hommes ses énergies créatrices et vivifiantes.

Il y a un vieux rêve romain qui consiste à vouloir canoniser tous les papes. La canonisation est alors utilisée par le système ecclésiastique comme moyen politique d'asseoir une autorité. Mais ce vieux rêve est difficilement atteignable avec des papes comme les Borgia, pour ne citer qu'eux.

Cette volonté d'autorité, fruit d'une centralisation hégémonique, fût l'une des causes principales de la rupture entre les Églises d'Occident (catholique romaine) et d'Orient (orthodoxe).

Là où l'évêque local, dans l'orthodoxie, représente la plénitude de l’Église (je ne parle pas ici des imposteurs qui utilisent leur fonction pour des ambitions personnelles), l'évêque n'est, dans le catholicisme, que le délégué chargé de rendre présente l'autorité du pape.

Il n'est pas possible, pour un évêque catholique, de se couper de cette centralisation excessive, sous peine d'être limogé.

Cette centralisation est la seule raison qui a fait que, durant des dizaines d'années, partout dans le monde, des prêtres pédophiles ont pu faire des dizaines de milliers de victimes sans jamais être inquiétés. Si la protection des pédophiles avait dépendu des évêques locaux, ceux-ci auraient réagi différemment aux États-Unis, en Irlande, en Allemagne ou ailleurs. Pourtant non. Tous ont eu la même attitude, partout dans le monde, durant des dizaines d'années, sans que jamais personne ne fasse cas des victimes. Le nombre de victimes n'a fait que croître grâce à cette systématisation de la protection des bourreaux.

Et le pape d'alors, dont dépendaient toutes ces décisions, était Jean-Paul II.

C'est Jean-Paul II qui fut directement accusé par le rapport Cloyne qui traitait des abus sexuels au sein de l’Église catholique irlandaise.

Dans ces conditions, la canonisation d'un tel personnage ne peut être envisagée, sauf à considérer qu'elle ne sert que des intérêts politiques. Car les énergies divines vivifiantes n'ont pu se manifester à travers quelqu'un qui a protégé les bourreaux plutôt que les victimes. Les victimes témoignent dans leur chair et dans leurs vies brisées d'une absence totale de proximité de Jean-Paul II et de Dieu. Car Dieu dit : Même si une mère oubliait ses enfants, moi je ne vous oublierai pas (Is. 49, 15). Jean-Paul II aurait du être le pasteur qui protège son peuple, image de la mère qui protège ses enfants. Il s'est contenté de les oublier et de chercher à les faire taire.

Puisque l’Église catholique cherche des signes divins pour canoniser quelqu'un, il lui a été donné celui du jeune homme, mort il y a 3 jours, écrasé par la croix érigée en hommage à Jean-Paul II. Bien que l'interprétation des signes soit souvent subjective, il est possible de voir dans cet enfant la victime innocente d'une institution corrompue et gangrénée de l'intérieur. Institution illégitime au plus haut point tant qu'elle persistera à opposer son orgueil sans se soucier des brebis qu'elle est censée défendre et protéger.

Un signe de sainteté aurait été que cette croix de Jean-Paul II donne la vie, et non la mort. Qu'elle guérisse quelqu'un au lieu de le tuer. Ou encore que ce jeune homme ressuscite après avoir été tué. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé.

Alors, aujourd'hui où Jean-Paul II entre au panthéon des saints, aujourd'hui où les pédophiles voient leur protecteur se transformer en saint protecteur, ma pensée va aux victimes de sa politique. Car c'est bien pour ces victimes que Dieu continue à dispenser ses énergies vivifiantes, et pour elles qu'il a dit : Bienheureux les affamés et assoiffés de justice, car ils seront rassasiés ! (Matth. 5, 6). Aux victimes de Jean-Paul II, je dirai de ne jamais oublier, lorsque vous verrez les fastes de la canonisation et la joie du peuple que vous ne pourrez partager à cause de ce que vous avez vécu, qu'autre est la justice des hommes, et autre la justice de Dieu.

samedi 19 avril 2014

111- Défense des ressortissants russes

La question des doubles standards est souvent évoquée lorsque des pays souhaitent s'arroger les mêmes droits que les Américains. Vladimir Poutine a évoqué ce problème récurent de la politique internationale dans son discours devant les deux chambres du Parlement, au Kremlin, lorsqu'il a décidé de valider le référendum de Crimée et d'accepter sa demande de rattachement à la Russie.

Dans ce discours solennel, Vladimir Poutine relève plusieurs points de droit international. D'abord la convention de l'ONU qui fixe le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Il cite ensuite la décision de la Cour Internationale de Justice des Nations Unies, qui a validé la déclaration d'indépendance du Kosovo. Elle a fait le commentaire suivant dans sa décision du 22 juillet 2010 : « Aucune interdiction générale ne peut être déduite de la pratique du Conseil de sécurité en ce qui concerne les déclarations d’indépendance ». Et encore : « Le droit international général ne contient aucune interdiction contre les déclarations d’indépendance. » Cette déclaration d'indépendance s'est d'ailleurs faite sans qu'il y ait eu de référendum et alors que la constitution Serbe empêchait une telle sécession. Il rappelait également que l'exposé écrit des États Unis d'Amérique du 17 avril 2009, dans le cadre des audiences sur le Kosovo, citait : « Les déclarations d’indépendance peuvent – et c’est souvent le cas – violer la législation nationale. Toutefois, cela n’en fait pas des violations du droit international. »

En Occident, ses détracteurs continuent à affirmer que le référendum de Crimée n'était pas conforme au droit international, mais aucun ne dit en quoi les arguments avancés par monsieur Poutine seraient erronés.

Car si les Russes ou les Chinois décident d'appliquer les règles de fonctionnement international des Américains et des Européens, alors ils peuvent déclarer des guerres préventives n'importe où dans le monde sous prétexte de la menace pesant sur leurs ressortissants, de lutte contre le terrorisme, ou de soutien à une action humanitaire. Ils peuvent décréter des sanctions financières unilatérales contre un pays qui ne respecteraient pas des règles qu'ils auraient fixées. Ils peuvent bombarder des pays entiers pour punir leurs dirigeants, comme nous l'avons fait en Lybie...

Et effectivement, monsieur Poutine serait fort tenté d'intervenir en Ukraine pour protéger ses ressortissants des menaces que lui font courir les nouvelles autorités. Car si les Occidentaux affirment que le référendum en Crimée n'est pas conforme à la constitution Ukrainienne, le changement de pouvoir consécutif au coup d'état de Maïdan n'est pas davantage conforme à cette même constitution, ni même le recours à l'armée contre la population de l'Est.

Quelle légitimité avons-nous à contester les positions russes après l'exemple que nous avons donné un peu partout sur la planète ? Aucune, si ce n'est celle de Jean de la Fontaine : La raison du plus fort est toujours la meilleure. Le problème étant pour nous, actuellement, que les Russes sont ici les plus forts et qu'ils sont dans leur zone d'influence.

Je n'aime pas le concept de zone d'influence que développait Carl Schmitt, car ce principe altère la notion de liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Si les Écossais votaient leur indépendance, lors du référendum du 18 septembre prochain, leur contesterions-nous la possibilité d'user de leur souveraineté pour se rattacher à l'Union Douanière, ou à la Fédération de Russie ? Ce droit que revendique l’Écosse, et tous les peuples de la Terre derrière elle, devrait-il être refusé à la Crimée où à d'autres ? Et si l'Europe refuse à l’Écosse le droit de ne plus dépendre de l'Europe, devrions-nous nous étonner que la Russie ne veuille pas que l'Ukraine adhère à l'Europe ? 

Pour ma part, je considère que les peuples sont souverains. Si les Ukrainiens décidaient de se rattacher à l'Europe, ils devraient pouvoir le faire. Et si les Écossais, ou les Transnistriens, ou les Abkhazes décidaient de se rattacher à la Fédération de Russie, ils devraient également pouvoir le faire.

Comme le disait récemment Henri Kissinger à propos de la politique des Occidentaux en Ukraine, la diabolisation de monsieur Poutine n'est pas de la politique, mais un alibi qui cache leur incompétence. Je ne doute pas que si monsieur Kissinger trouvait intelligente l'idée de Hollande, qui souhaite renforcer les sanctions contre la Russie, il nous en aurait fait part !

Même si nous savons, grâce à madame Ashton, que la nouvelle coalition au pouvoir à Kiev est l'instigatrice de tous les morts de la place Maïdan, ce nouveau pouvoir n'en accuse pas moins monsieur Ianoukovitch d'avoir fait tirer sur les manifestants. Ils ont lancé un mandat d'arrêt international contre lui, estimant que la place de quelqu'un qui ordonne de tirer contre le peuple est en prison.

C'est pourtant ce même pouvoir qui a demandé aux forces spéciales ukrainiennes de donner l'assaut sur les bâtiments administratifs occupés dans l'Est, avec ordre de tirer sur les manifestants. Ces forces ont refusé d'exécuter l'ordre reçu, et l'on a vu la police anti-émeute se ranger du côté des manifestants, que ce soit à Donetsk ou à Lougansk. Si bien qu'il a fallu que Kiev mobilise les factions fascistes de Praviy Sektor pour les envoyer réprimer les protestations.

Les menaces sur la population russe sont donc bien plus réelles que celles sur la population américaine lorsque Powell brandissait ses petites fioles devant l'ONU. Si donc les Américains, sur des déclarations mensongères et fantaisistes, ont pu envahir et détruire l'Irak, les Russes n'auraient-ils pas plus de légitimité à intervenir pour protéger leurs ressortissants en Ukraine ?
 


Finalement, tout cela n'est que beaucoup d'hypocrisie, comme le rappelait monsieur Lavrov. Nous appelons libérateurs les révolutionnaires de Maïdan, et nous appelons terroristes les révolutionnaires de l'Est, alors que les deux procèdent des mêmes comportements et des mêmes motivations.

Au-delà des formulations linguistiques reste donc les accusations d'ingérence étrangère, puisque Washington accuse Moscou de soutenir les insurgés de l'Est. C'était pourtant la conversation de madame Nuland qui établissait que Washington soutenait les insurgés du Maïdan. Les médias se sont même mis à parler d'une visite secrète du directeur de la CIA, John Brennan, à Kiev, deux jours avant que l'armée ne commence son opération dans l'Est. Nous pouvions supposer que cette information était à ranger au compte des rumeurs propres à la désinformation, d'autant que Washington la démentait, jusqu'à ce que Sergueï Lavrov demande officiellement des comptes et que Washington confirme cette visite.

Oleg Tsarev, candidat aux prochaines élections présidentielles d'Ukraine, a même affirmé que tout un étage du bâtiment des services de sécurité de l'Ukraine était mis à disposition des agents de renseignement US.

Contrairement à l'ingérence effective des USA, pour laquelle nous disposons de nombreuses preuves, l'intervention Russe n'est établie par aucun document tangible. Je ne suis pas dupe, et je me doute bien que les Russes ne restent pas à attendre les bras croisés à suivre l'évolution des événements sur CNN. Mais c'est l'ingérence même des Américains qui légitime les actions russes. Ce qui permet à Poutine d'être encore plus populaire auprès de son peuple.

Là où le nouveau pouvoir de Kiev se différencie sans doute le plus des autorités russes reste sur l'usage du nationalisme. Vladimir Poutine utilise le nationalisme comme moyen de cohésion de son pays, alors que Tourtchinov l'utilise comme moyen de division. Car comment considérer autrement la volonté d'un homme qui annonce l'envoie de l'armée pour réprimer sa population, lui qui a usurpé le poste qu'il occupe et le titre qu'il s'arroge ?

Étant à l'origine des troubles de Maïdan


et des répressions de l'Est,


Tourtchinov ne peut donc être vu que comme l'initiateur d'une guerre civile. Car il faut bien parler de guerre civile quand les forces de police se rangent du côté des manifestants, comme une partie de l'armée, et qu'une autre partie de la même armée retourne ses armes contre la population qu'elle est censée défendre.

Le réveil sera dur pour ceux qui savent que la raison du plus fort est toujours la meilleure, mais qui oublient qu'ils ne sont ici que le petit agneau de l'histoire.

samedi 12 avril 2014

110- Scission de l'Ukraine

La question du référendum traitée la semaine dernière nous conduit inévitablement à revenir un peu plus longuement sur la question de la Crimée et de l'Ukraine, puisqu'il faut maintenant en parler comme de deux pays distincts depuis que la Crimée a proclamé son indépendance.

Avant de parler de choses sérieuses, détendons l’atmosphère et regardons ce sketch passé à la télévision allemande. Nous y voyons que la population allemande perçoit la situation en Ukraine de la même manière que monsieur Poutine, très loin de la vision véhiculée par nos journaux. Cela facilitera donc la suite de mon propos, puisque je ne reprendrai pas la version russe des informations, mais pour beaucoup la version allemande telle qu'elle se manifeste.

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Dans une situation complexe comme celle de l'Ukraine, il est important, si l'on veut garder un peu de sens critique, de regarder et d'écouter plusieurs points de vues. La version occidentale est très bien reprise par le site suisse Romandie news, qui énonce les dépêches des agences de presse occidentales et américaines. Dépêches qui sont à leur tour reprises telles quelles par tous les journaux, quelle que soit leur ligne éditoriale. C'est cette uniformité des messages rédigés par deux ou trois agences et reprises sans discernement par tous les journaux qui contribue largement à discréditer nos médias.

Heureusement qu'il reste des sites, tels Arrêt sur image, Médiapart ou le Canard enchaîné, pour redonner un peu de sens critique à l'information.

La version russe des événements est accessible très facilement sur La voix de la Russie. Un site que je connaissais peu mais qui s'est avéré être incontournable pour comprendre ce qui s'est passé en Ukraine.

Tout a commencé par ce que les Occidentaux ont défini comme étant une révolution populaire. Le peuple Ukrainien a envahi la place Maïdan pour contester les décisions prises par le président Ianoukovitch de ne pas signer l'accord d'association avec l'Europe. Les Russes se sont tout de suite montrés très méfiants envers les groupes armés et entraînés qui organisaient ces troubles.

Jusque là, n'ayant pas vocation à soutenir de facto les pouvoirs en place, les revendications des Ukrainiens me semblaient légitimes. Ils avaient organisé leurs tentes sur Maïdan comme les Grecs sur la place Syntagma. Les deux étaient voués au même échec faute de moyens, d'armements et d'organisation. Les Russes restaient en dehors de ce conflit pour ne pas compromettre le bon déroulement des Jeux Olympiques.

La diplomatie russe avait beau faire remarquer que Vladimir Poutine n'était jamais allé place Syntagma pour soutenir les Grecs dans leur désir de liberté, cela n'empêchait pas les dirigeants occidentaux et américains d'aller en Ukraine soutenir les révolutionnaires contre le pouvoir de Ianoukovitch. 

Mais voilà qu'une conversation entre la sous-secrétaire d’État des USA pour l'Europe et l'Eurasie, Victoria Nuland, et l'ambassadeur US en Ukraine, est publiée sur Youtube. La première pensée de l'observateur, devant cette révélation, est bien sûr de considérer le clin d’œil de Poutine à Obama à travers ce message subliminal : Vous nous espionnez peut-être avec les programmes de la NSA et de la CIA dévoilés par Snowden, mais l'espionnage fonctionne dans les deux sens. La différence étant que nos programmes sont toujours secrets et efficaces.

Cette conversation, rendue publique, a poussé madame Nuland à devoir s'excuser après avoir essuyé les foudres d'Angela Merkel. La conversation montre comment les Américains sont en train d'organiser la chute de Ianoukovitch et préparent le futur gouvernement, tout en faisant croire que ce sont les manifestants de la place Maïdan qui vont choisir ces futurs dirigeants. Dans la même conversation, Victoria Nuland avouera que les États-Unis ont déjà investi 5 milliards de dollars en Ukraine pour y installer un gouvernement qui leur soit favorable.

Elle y exprimait clairement l'absence de considération des intérêts européens par ces quelques mots : Fuck UE ! Formulation cavalière que l'on pourrait traduire, sous réserve de la fiabilité de mes faibles notions d'anglais, par : Que l'Union Européenne aille se faire enculer !

C'est à partir de la révélation de cette conversation que les Chinois vont parler de la situation en Ukraine comme de l'organisation d'un coup d’État des Américains.

La crédibilité de la version médiatique occidentale prit un sacré coup avec cette révélation. Pas sur TF1, bien sûr, mais sur les chaînes d'informations sérieuses et objectives.

Le nouveau pouvoir, dont la liste avait été préalablement donnée par madame Nuland, fut mis en place de façon provisoire dans l'attente d'élections présidentielles.

Il semble d'usage, au niveau international, qu'un gouvernement provisoire ne puisse prendre aucune décision stratégique engageant un pays qu'il ne représente pas pleinement. Ce fut par exemple le cas en Belgique lors de la crise politique de 2010-2011 où les ministres en place ne pouvaient faire autre chose qu'administrer les affaires courantes.

Pourtant, contrairement à ces usages, le nouveau gouvernement ukrainien prit tout de suite des décisions stratégiques :
- interdiction du russe comme langue officielle et suppression des versions russes des sites internet d’État (un peu comme si les Suisses Allemands annulaient le français dans toute la Suisse) ;
- autorisation du transport des matières nucléaires sur le territoire ;
- signature de l'accord d'association avec l'Union Européenne ;
- négociations avec le FMI sur un prêt incluant en garantie le licenciement de 24000 fonctionnaires et une hausse du gaz de 50 % pour les particuliers ;
- décrêt de mobilisation générale ;
- devant l'échec de cette mobilisation et le peu d'enthousiasme des Ukrainiens à aller combattre les Russes, création d'une garde nationale faite de volontaires engagés ;
...

Le problème principal que les Américains ont sous-estimé lors de la préparation de leur coup d'état, est que la population ne suit pas ce nouveau pouvoir. Personne n'a répondu à l'ordre de mobilisation pour aller rejoindre l'armée, et aucun militaire stationné en Crimée n'a exécuté l'ordre de tirer qu'il avait reçu. Tous ont livré leurs bases sans résistance et ils ont ainsi évité que le sang ne soit versé : le leur en premier.

Le nouveau ministre de l'intérieur, parlant de la mobilisation, annonçait mi-mars que 600 personnes avaient déjà été mobilisées. 600 personnes, ce n'est même pas le nombre de personnes mobilisées pour aller assurer la sécurité d'un match de l'OM ! Un ministre qui annonce ça à l'échelle d'un pays pour préparer une guerre est ridicule.

Pire que ça, sur les 18000 militaires Ukrainiens stationnés en Crimée, seuls 2000 ont décidé de retourner en Ukraine, les autres préférant continuer leur service dans l'armée russe en faisant venir leurs familles en Crimée. C'est-à-dire la plupart des militaires qui servaient en Crimée, d'après le ministre russe de la défense. Donc, dans le temps même où le nouveau pouvoir de Kiev réussissait à mobiliser 600 volontaires, les Russes recrutaient 16000 soldats aguerris au sein de l'armée ukrainienne !

Poutine a été stratégiquement brillant sur cette opération, car il a aussitôt aligné leurs salaires sur les salaires russes. Ce qui a conduit à quadrupler ce qu'ils percevaient initialement. Qui d'entre nous, si on lui propose de quadrupler son salaire en changeant de patron, va refuser ? Les policiers, quant à eux, ont vu doubler leurs salaires.

Un autre avantage est psychologique. Si la situation devait empirer en Ukraine, les appelés se battront-ils pour défendre un Pouvoir dont la légitimité est nulle, ou attendront-ils patiemment que Poutine reprenne le contrôle de tout le pays dans l'espoir que leurs salaires soient augmentés ? En tout cas, peu accepteront de mourir, ce qui compromet considérablement l'efficacité de la chaîne de commandement.

L'autre point de nature à détourner la population Ukrainienne des imposteurs qui ont pris le pouvoir est  l'accord négocié avec le FMI. Là où Poutine avait signé un accord douanier garantissant aux produits Ukrainiens une libre circulation dans toute la fédération de Russie, doublé d'un prêt de 15 milliards de dollars, triplé d'une forte réduction sur le gaz, le tout sans contreparties réelles pour la population, le FMI n'a pas eu la même mansuétude.

Ils ont pris un engagement sur un prêt dont personne n'est sûr qu'il sera débloqué tant l'instabilité politique est grande. Et ce prêt doit se faire aux même conditions que pour la Grèce : vente des entreprises publiques, fort taux d'intérêt, licenciement de 24000 fonctionnaires (10%) dans un premier temps, augmentation du gaz de 50% pour les particuliers et de 40% pour les entreprises... Si bien que la Banque Mondiale a averti, dans un rapport, que les conditions du FMI menacent l'économie ukrainienne.

Ceux qui renoncent à un prêt avantageux pour leur population en échange d'un autre plongeant celle-ci dans la servitude ne peuvent être considérés autrement que comme des imposteurs et des traitres. Si bien que la révolte contre ce nouveau pouvoir ne gronde plus seulement dans les régions russes de l'Ukraine, mais même à Lvov.


Je voyais, comme tout le monde, les informations annoncer que Ianoukovitch était responsable de la mort de dizaines de personnes sur la place Maïdan, autant des civils que des policiers. Mais, là encore, une conversation confidentielle est apparue sur Youtube. Il s'agissait de Catherine Ashton téléphonant au ministre Estonien des affaires étrangères revenant d'Ukraine. Celui-ci annonçait que tous les morts de Maïdan avaient été tués par les mêmes snipers, et que ceux-ci avaient été payés par quelqu'un de la nouvelle coalition. Un très bon reportage de la télévision allemande sur la responsabilité de ces morts est disponible en version sous-titrée en suivant ce lien.

Madame Ashton, et les Européens derrière elle, soutiennent donc un gouvernement dont nous savons qu'ils sont les meurtriers du peuple ukrainien, tout en continuant de condamner Ianoukovitch dont nous savons qu'il est innocent.


Reste alors, à la charge de Ianoukovitch, la corruption de son gouvernement. Et c'est sur la base de faits de corruption que de nombreuses arrestations ont déjà été menées. Notamment celle du directeur de Naftogaz qui est aujourd'hui en prison.

Je ne peux m'empêcher de me rappeler que madame Timochenko, jugée et emprisonnée pour les mêmes faits, avait dénoncé ce qu'elle appelait une condamnation politique. Bien que des éléments à charge aient été présentés à son procès. Pourquoi donc, à peine sortie de prison, cautionne-t-elle l’emprisonnement de ses opposants pour les mêmes faits ?

Je ne dis pas qu'il n'y a pas des faits de corruption, et que ces faits ne méritent pas une condamnation. Mais je dis par contre que je n'ai entendu personne critiquer les arrestations de ces dernières semaines comme nous avons critiqué la condamnation de madame Timochenko.


Et c'est là qu'intervient la troisième conversation téléphonique confidentielle mystérieusement mise en ligne sur Youtube. Il s'agit de madame Timochenko annonçant qu'elle va mobiliser le monde entier pour qu'il ne reste de la Russie pas même un champ brûlé. Elle ajoute qu'elle exterminera tous les Russes d'Ukraine à l'arme nucléaire. Ce qui pose le problème de savoir qui nous soutenons réellement et quelle légitimité a Moscou à défendre ses ressortissants. Non pas au regard de nos médias dont nous venons d'appréhender le manque d'objectivité, mais bien à celui des menaces réelles qui pèsent sur eux. C'est ce que nous verrons la semaine prochaine.

samedi 5 avril 2014

109- Référendums

Les hommes politiques français aiment bien présenter au peuple le fait que le sommet de la démocratie consiste à choisir son président au suffrage universel. Et une fois qu'ils ont le pouvoir, quel que soit leur bord politique, ils se placent au-dessus de Dieu, juste en-dessous des Américains auxquels ils continuent d'être inféodés. Ils estiment que le vote du peuple leur a donné le mandat de faire ce qu'ils veulent, même si cela ne correspond pas à leur programme électoral.

Je crois me rappeler qu'Hollande, par exemple, avait promis de ne plus faire d'intervention militaire contre un pays sans mandat de l'ONU. Il contestait en cela la position de Sarkozy dont il jugeait la politique de défense velléitaire et confuse. Il revenait à des principes de droit international, seul garant de l'équilibre mondial.

Pourtant, même si Hollande a avancé d'un an notre retrait d’Afghanistan pour respecter son engagement de campagne, il s'est montré dans les faits tout aussi servile que Sarkozy face aux intérêts militaires des Américains. C'est ainsi qu'il avait préparé le bombardement de la Syrie pour soutenir les radicaux salafistes opposés au pouvoir en place, contre l'avis des religieux chrétiens du pays. Il a très mal vécu le fait que les Américains le lâchent au dernier moment, sans le prévenir. Le Monde avait fait un très bon article pour raconter cet épisode.

Le pouvoir du peuple ne se résume donc pas au seul suffrage universel, qui est aujourd'hui détourné au profit des intérêts financiers et géopolitiques. Il réside dans le référendum.

Les hommes politiques détestent les référendums car ce vote les contraint à faire ce que le peuple veut plutôt que ce qu'eux-mêmes (ou les lobbies qui les influences) ont décidé. C'est ainsi que Sarkozy n'a pas respecté le référendum qui a rejeté le projet de constitution européenne en 2005. Il a donné un autre nom au même traité et a fait valider par le congrès en 2008 ce traité de Lisbonne contre l'avis du peuple dont ce congrès prétendait pourtant détenir son autorité. Et tous les élus le formant ont accepté d'entériner cette spoliation de la décision des français.

Une chose m'a marqué lors des manifestations contre le mariage homosexuel. Des manifestants étaient allés au Parlement le jour du vote de la loi et ont déplié une banderole demandant un référendum sur cette question. Ce à quoi le président de l'assemblée nationale a aussitôt réagi en demandant de mettre dehors ces ennemis de la république. Mais en quoi le fait de demander son avis au peuple serait être ennemi de la république si celle-ci se veut une démocratie ? La république n'est que l'instrument qui nous permet de mettre en pratique la démocratie. Elle n'a aucune valeur par elle-même. C'est pour cela que nous pouvons changer régulièrement de république sans pour autant abandonner le principe supérieur de démocratie.

L'ennemi n'est-il pas plutôt celui qui confisque le pouvoir à son profit ou à celui d'un groupe de personnes pour refuser au peuple le droit de s'exprimer ?

Je dis ceci sans me prononcer sur la question du mariage homosexuel mais uniquement sur le principe de fonctionnement de la société. Les hommes politiques élus par un nombre de votants qui ne cesse de diminuer resteront toujours moins légitimes dans leurs choix que les décisions issues des référendums. Et, dans l'exemple cité, l'ennemi de la république n'était pas le citoyen qui demandait un référendum, mais bien Claude Bartolone qui le lui refusait.

Le plus grand fan de Sarkozy est Hollande qui s'inspire de ses méthodes dans son cheminement politique. Il vient en effet de changer le nom de son premier ministre pour nous faire croire qu'il changeait de gouvernement, comme Sarkozy avait changé le nom de la constitution européenne. Le Huffington Post s'est amusé à montrer qu'Ayrault et Valls utilisaient exactement les mêmes mots, chacun pour présenter au journal télévisé ce qu'il allait faire.

Nous voici donc dans un monde nouveau avec Valls qui, selon les mots des commissaires de police, a organisé la répression des femmes et des enfants qui manifestaient contre le mariage homosexuel. Nous verrons si cette supercherie médiatique lui permet de remonter dans les votes futurs. Mais ce qui est sûr, c'est que s'il compte aussi bien les chômeurs que les manifestants, nous avons toutes les chances de voir le nombre de demandeurs d'emploi passer sous la barre des 100 000  personnes avant l'été.



Les Suisses ont compris le fonctionnement de la démocratie depuis longtemps et, malgré le fait qu'ils vivent dans un petit pays potentiellement divisé par les trois langues officielles, ayant une diversité culturelle et religieuse, ils vivent en paix sans jamais aucun conflit social important. Cela est dû en grande partie au fait que les hommes politiques sont élus uniquement pour représenter le peuple. Et à chaque question importante qui se pose à la société, ils ne peuvent prendre aucune décision, quel que soit leur mandat, sans organiser un référendum.

Cela irrite, bien sûr, la commission européenne lorsqu'elle souhaite imposer ses choix aux Suisses. La commission n'est pas élue et a l'habitude de tout décider sans jamais rien demander aux peuples. Mais force est de constater que le modèle suisse fonctionne mieux que le nôtre. 

Est-ce que ce modèle serait transposable en France ? Oui, mais à condition de faire les quatre ou cinq premiers référendums sur des questions peu importantes. Car il y a une telle frustration chez les électeurs qu'ils risquent fort de voter pour sanctionner le pouvoir en place plutôt que pour réellement répondre aux questions posées. Mais une fois passée cette période d'acclimatation à la liberté retrouvée, alors la vie politique et sociale s'assainira considérablement.

Je voudrais remercier monsieur Poutine d'avoir remis la question du référendum sur le devant de la scène internationale. Car c'est bien autour du choix des peuples que se forge la conscience des nations. L'individualisme que nous critiquons parfois n'est souvent que la marque d'une protection vis-à-vis d'un monde extérieur qui ne nous représente plus. Ce qui contribue à accélérer la destruction de ce monde. Mais qu'il redevienne le nôtre par les décisions issues du peuple, et il sera à l'image de notre vie : il restera toujours des imperfections et des erreurs, mais nous aurons la volonté d'aller vers mieux en sachant que ces décisions construisent le monde qui est le nôtre.

Dans l'unique visite qu'il a daigné nous faire depuis deux ans, monseigneur Emmanuel a conclu son homélie, dimanche dernier, en nous demandant si nous voulions pour nos enfants un monde spirituel ou un monde tourné vers la consommation. Il voyait en effet l'église vide d'enfants et pensait sans doute faire culpabiliser les parents présents. Nous reconnaissons là ses explications simplistes et tendancieuses visant à ne laisser comme réponses possibles que des choix orientés dont aucun n'est bon. Il en est de même pour la religion que pour la politique. L'abstention n'est pas forcément une marque de désintérêt. Que les hommes qui en sont à la tête se montrent indignes de leur charge et renoncent aux valeurs qu'ils sont censé défendre, et l'éloignement constaté de ceux qui y participent ne sera que le reflet manifesté de cette indignité dans laquelle nous ne nous reconnaissons plus. Car y participer serait la cautionner, et la cautionner reviendrait alors à se laisser pervertir.